Nous nous définissons comme une fabrique d’imagination culturelle. Un espace de réflexion et d’ingénierie où nous répondons à des cahiers des charges comme à des utopies, en inventant à chaque fois un projet culturel. Un projet que nous concevons avant tout comme une invitation – à regarder, expérimenter, penser ou agir par le prisme de la création artistique. Ni plus, ni moins.
Nous n’attendons pas de nos projets de résultats tangibles, autres que la réussite de la rencontre – c’est-à-dire le fait qu’elle ait pleinement lieu, qu’elle soit sincère et qu’elle crée quelque chose de l’ordre de la joie.
Nous ne poursuivons pas l’objectif d’une « émancipation par la culture ». Il est incontestable que l’accès à des propositions artistiques, comme à des savoirs quels qu’ils soient, aide chacun d’entre nous à élargir sa connaissance du monde ; mais nous ne sommes pas à l’aise avec la logique descendante qui sous-tend l’expression. Une logique selon laquelle nous serions les détenteur·rices de ce qui est reconnu comme culture, dont nous ferions don – à des personnes qui n’en sont donc pas dépositaires.
L’idée n’est pas de considérer que tout le monde se trouve à un égal niveau de savoir et de compétence dans tous les domaines. L’artiste intervenant·e est bien sûr l’expert·e en la matière – et nous tenons beaucoup à cette exigence artistique des projets, qui constitue la première marque du respect que nous portons à celles et ceux à qui ils s’adressent. Mais nous n’allons pas à la rencontre des gens pour les transformer.
Alors que faisons-nous ? Nous proposons à des personnes de partager un ensemble de références et de pratiques qui composent notre culture.
De les partager comme ils l’entendent : en écoutant, en pratiquant, en questionnant… ou en passant leur chemin après avoir pris connaissance d’un projet qui, finalement, ne les intéresse pas. Dans un contexte institutionnel où l’injonction à pratiquer est souvent érigée en totem, nous pensons que personne ne doit se sentir obligé par nous, fût-ce très gentiment, à participer à un atelier de danse contemporaine, de chant lyrique ou de clown; qu’il est urgent et salvateur de renoncer à toute posture incitative.
Car en définitive, quel risque prenons-nous ? Celui que personne ne se présente au programme d’ateliers, rencontres, créations partagées, spectacles, que nous aurons proposé ? Une maîtrise très modeste de la statistique permet de s’en protéger en contactant suffisamment de personnes, avec les bons relais de terrain.
Et quand bien même, ne pourrait-on courir ce risque ? Un projet qui ne rencontrerait aucun écho auprès de celles et ceux à qui il est proposé serait sans doute trop loin, dans sa réalité ou dans sa présentation, de ce à quoi les personnes contactées aspirent. Et ce n’est pas si grave : à nous dans ce cas de reprendre notre copie, de dialoguer avec celles et ceux qui n’ont pas voulu venir, et de repenser les choses – non pour renoncer à (tout) un contenu, mais pour repenser le chemin par lequel artistes et habitants d’un territoire peuvent se rencontrer.
Car c’est le propre et la beauté de l’invitation, que de laisser à ses destinataires le choix d’y répondre.
Véronique Sternberg